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12 mai 2011 4 12 /05 /mai /2011 07:20

 

Chapitre 22

  

Tout est là. Tout est prêt. Sauf le moment qui n’est pas encore venu.

Il va falloir attendre. Que la lumière de la cellule prenne le pas sur celle du ciel et qu’elle soit l’unique.

Attendre.

Elle ouvre un placard : deux paquets de gâteaux, une boîte de salade prête à l’emploi. C’est bien assez.

Pendant que l’eau chauffe jusqu’à ce qu’elle crépite dans la bouilloire en inox, elle jette quelques regards furtifs vers là-bas…

Attendre encore. Seule la nuit profonde le lui révèlera.

Sur le rebord de la fenêtre, le bloc de papier et la boîte de crayons semblent s’impatienter eux aussi du jour qui ne décline pas.

Le thé fumant et embaumant la pièce de ses arômes d’agrume et de cannelle, les mains agacées, enserrant un petit étui noir en simili cuir, elle a plongé son regard vers l’horizon, dans une ultime espérance : que la braise du soleil couchant dissimule sa rondeur puis son aura au-delà de la courbe de la Terre, que les ombres du soir, exceptionnellement prometteuses, fardent le ciel et le parsèment d’étoiles.

Six ou huit rectangles, similaires à celui qui attise son excitation, peignent d’abstraction le mastodonte d’en face.

 

David Ferreira

(David Ferreira)

 

Attendre, elle le doit encore. Attendre qu’il n’y en ait plus qu’une au deuxième étage…La troisième fenêtre...

Résonnent les douze coups de minuit. Ils ne la pareront ni de beaux atours, ni de haillons. Ils ne sont que le signe de la rigueur mesurée des Hommes, celle qui n’a peut-être plus de prise là-bas, ou qui n’en a que trop.

Elles ne sont plus que deux, les lucarnes au halo jaune. Celle qu’elle s’est appropriée, la fenêtre à la silhouette, attend, elle aussi sans doute, de devenir l’unique, de devenir la sienne. Elle plonge encore ses lèvres dans le liquide brûlant et mordoré, souffle sur les volutes de vapeur et puis, d’un coup, d’un clic, la seule, l’unique fenêtre rayonne. Rien que pour elle.

Alors, délicatement, pour ne pas briser le charme, ne pas rompre l’enchantement, comme si le rectangle ainsi dessiné sur la nuit pouvait se briser, s’effriter, s’effacer à jamais le temps d’un battement  de paupières, sans bruit, elle tire de leur étui les jumelles. Le moment est précieux, possède quelque chose de divin, comme celui d’une première rencontre...

 

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Published by Laure Lie - dans Grain d'histoire
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commentaires

askelia 12/05/2011 13:59


un voyeurisme sensuel...
J'aime beaucoup.


Laure Lie 12/05/2011 15:14



Oh merci Askelia... Ce n'est pas vraiment du voyeurisme, mais pour le savoir, il faut connaître le reste....du roman que je boucle



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