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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 20:16

 

Porte

 

 

Elle se met à penser à des histoires de réincarnation, mais se rappelle qu’elle n’a jamais été convaincue par cet échange de peau… Alors… ?

Qu’à cela ne tienne ! D’une manière ou d’une autre, elle s’introduira chez lui, une façon comme une autre d’entrer un peu plus dans sa vie, une façon comme une autre de comprendre.

 

A peine a-t-elle enjambé la dernière marche qu’un raie de lumière parvient jusqu’à ses pieds, provenant de l’entrouverture de la porte de Jean-Marc. C’est le contraire qui l’eût étonnée ! Et comme s’il avait lu dans ses pensées, l’air ingénu, il lui propose de venir à son tour prendre le café chez lui le lendemain après-midi.

Cette fois, Olivia accepte sans ambages, lui rendant son sourire. Oui, se dit-elle dès qu’elle a franchi le seuil de son appartement, mieux vaut lui rendre ce sourire dont elle ne peut plus, un sourire tel un masque visqueux et écœurant d’une douceur sirupeuse ! Si elle avait su… la Vieille était vilaine, une épouvante, mais au moins elle savait à qui elle avait affaire.

Enfin, elle n’avait plus qu’à attendre le lendemain pour fouiller dans cette vie et trouver des réponses.

A l’heure convenue, Olivia se tient devant la porte fermée de son voisin. C’est étrange, le jour où il la reçoit, sa porte ne s’ouvre pas dès qu’elle ferme la sienne… Son index enfonce le bouton de la sonnette et avant qu’elle n’ait retenti, l’huis glisse tout seul, comme par enchantement.

Personne. Personne derrière la porte et pas un bruit ; juste le petit passage désert menant au séjour. Une frayeur sourde commence à s’insinuer le long de l’échine d’Olivia qui suffoque déjà et lâche le paquet de chocolat qu’elle tient à la main.

Une autre main s’accroche à son poignet alors qu’elle s’est déjà retournée pour fuir.

Olivia, je suis désolé…Vraiment…je suis confus ! Je ne voulais pas provoquer en vous une telle peur…

Sincèrement, l’homme à genou qui ramasse la boîte de chocolats se mord les lèvres et paraît être l’individu le plus embarrassé au monde.

Je voulais…c’est idiot…je voulais vous faire entrer…heu… comme une princesse…

Sa voix s’est un peu rompue tant il est penaud. Olivia reprend ses esprits, accepte finalement de pénétrer dans le salon et offre la boîte de chocolats un peu cabossée !

Hochant la tête, pour se faire pardonner sans doute, il répète à plusieurs reprises :

Vous savez, la princesse devant qui le sol, les buissons, les portes s’ouvrent…

Quel homme charmant et déroutant se dit-elle.

En tout cas, vous savez conter de belles histoires !

N’en parlons plus voulez-vous ? Je ne suis pas très fier de mon effet !

 

Porte

 

Il lui présente un plat débordant de petites pâtisseries, verse le café dans un service de fine porcelaine. Comme tout est délicat chez cet homme. Mais Olivia se souvient qu’elle doit juste faire semblant de tomber sous le charme pour mieux rester en éveil.

Elle est un peu troublée par le majestueux bouquet de longues fleurs blanches qui trône sur une table basse ; des lys, des roses et des pivoines, le même bouquet que celui qu’il lui a offert ; drôle d’idée…

Elle tente d’orienter à nouveau la discussion sur la Vieille, qui ouvrait invariablement sa porte sur son passage, mais il ne mord pas à l’hameçon. Il lui demande juste si elle a toujours connu cette vieille dame aussi acariâtre. La réponse ne lui vient pas. En réalité, elle ne sait plus vraiment, puis se souvient.

Vous avez raison, je n’avais pas remarqué ce dérangement chez elle quand j’ai emménagé… Son accoutrement, son visage, non rien ne laissait présager qu’elle était folle…

Il se tait un instant comme pour mieux préparer son effet, puis lâche :

Vous savez, les gens ne sont pas toujours ceux que l’on croit…Les gens changent aussi…

Là ! Juste là, un léger déraillement dans la voix fait hoqueter Olivia. Elle sent un froid subit lui glacer tout le corps. Elle n’est soudain plus très à l’aise.

Il ne faut pas qu’il voit, qu’il se doute…elle lui demande alors où se trouvent les toilettes. Aussitôt, sort de sa gorge un rire aigu, grinçant, inattendu.

Vous le savez aussi bien que moi, c’est comme chez vous ici !

Alors, Olivia se lève, examine le salon, le couloir, l’organisation des autres pièces et tombe inévitablement sur les toilettes. Mais, oui, il a raison, hormis la décoration, cet appartement est la copie conforme du sien. Avant d’avoir réfléchi, elle s’y engouffre, elle n’en peut plus.

Elle doit se ressaisir, elle est décidément trop impressionnable ! Qu’y a-t-il d’anormal qu’un investisseur dans l’immobilier fasse construire des appartements identiques dans le même immeuble ? Olivia s’asperge le visage d’eau froide.

Malgré tout ce rire éraillé chez cet homme si raffiné…

 

Extrait de nouvelle de Laure Lie, à suivre...

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