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30 octobre 2010 6 30 /10 /octobre /2010 13:17

Un lit, une nuit, un matin. Tout est là, senti, posé.

Rien n’est dit.

 souvenirs

Son éveil est étrangement recroquevillé. Un souffle d’air au-dessus des draps. Un souffle de vie dans la tapisserie bleue.

D’abord, une maison. Lointaine, dans tous les sens.

De l’atmosphère calme qui s’en dégage émane le renouveau et la réconciliation. Avec quoi ? Avec qui ? Avec ce visage d’une autre vie ? Ce n’est pas l’heure des questions.

Un coup d’œil à la fenêtre la malmène. Fortement. Des voisins, juste là. Si prêts, avec leur barbecue, les pavés rosés de leur terrasse et la fumée de leur viande qui cuit. Qui donc a laissé faire ça ? Qui donc a pu laisser empiéter durant son absence ?

Tout le monde sait pourtant ici qu’elle n’aime pas la proximité d’inconnus ! De l’inconnu. Les temps ont bien changé pense-t-elle, dans un hochement de tête.

 

Son regard pivote pour dissiper le malaise. Les pièces tournent tout autour d’elle dans la confiance retrouvée. La confidence. Celle de projets murmurés, celle du recommencement, de la vie qui, essoufflée, souffle un peu, là. S’assied et laisse passer.

Le visage de l’homme est amène. Serait-ce le sourire du bonheur qui perce d’une commissure à l’autre ? Les paroles sont douces, loyales…

Pourtant, au loin, bien loin, une voix lui susurre que cette sincérité là, elle l’a connue, n’est que de l’aigre-doux…

Puis non ! Non, non. C’était mieux avant les questions. Elle souhaite juste se poser. Se reposer. Se déposer en cette maison comme dans un havre.

 

Alors, la voix et les gestes de l’homme, elle les laisse danser autour de son silence et s’apaise de cette ronde en filigrane, en tons pastels, en sons peu à peu assourdis qui la quittent sur la pointe des pieds… Les yeux ouverts, elle tient le rêve par un fil…

 

Mais soudain, c’est la lumière et le noir.

Dans le contre-jour de la porte ouverte, deux silhouettes se découpent. Deux jeunes filles, l’une de trois ou quatre ans l’aînée de l’autre. Toutes deux, elle les connaît. Bien.

La plus jeune, c’est sa fille. Sa petite fille a-t-elle l’habitude de dire. Petite ou grande, selon son cœur, de 9 ans à peine. L’autre, une camarade, une voisine… qui la ramène à la maison dit-elle.

Alors, la mère prend peur. L’homme la rassure : c’est habituel que Mathilde raccompagne ta fille à la maison. Oui, sa fille, le chemin de forêt à traverser, sa fille qui connaît à peine cette route d’ombre, qui ne la connaît pas, sa petite fille, la sienne à elle et à elle seule…

A elle seule… à elle seule. C’est alors que la tragédie l’emplit tout entière, extravagante et éperdue elle la plante là, pour mieux l’asphyxier et la noyer.

 

Sa fille contre son sein, son regard fait un tour panoramique de la maison assombrie. Il n’y a plus qu’elle, seule avec sa fille. L’homme a disparu, parce que ce n’est pas le père.

Alors, où est-il ? Où en est-elle ?

Quelque chose d’oppressant la presse. Le temps est compté et elle doit se retrouver. Le retrouver lui, c’est ne pas se perdre elle.

Son regard parcourt encore la pénombre, dénombre autant de prénoms masculins qui sonnent le creux, le vide, le glas.

Une main étrangère accroche ses poumons et son estomac tout à la fois. La main a beau serrer ses doigts, la mémoire refait les comptes, décompte à rebours mais le compte n’y est pas. A chaque nom s’associe un lieu qui n’est plus. Des lieux pleins d’elle mais où elle n’existe plus.

Le vide s’est fait gouffre. Un gouffre plus puissant que la raison qui la défie et se défile. Il n’y a plus qu’elle au-dessus d’un écheveau de prénoms qui s’est dévidé. Elle va se dissoudre dans un néant de prénoms qui n’ont pas de sens. L’angoisse de l’abîme prend le dessus. Elle suffoque.

 

Elle ouvre les yeux sur son corps en creux et en absence. Sur le bleu de ses jours. Sur le bleu de sa chambre.

Comme un voile très fin, la réalité se dépose sur elle et sa conscience. Le prénom vide, blafard, inexistant de la nuit dort encore auprès d’elle, dans le petit jour du matin. Dans la tiède réalité de son existence.

 

Alors, son corps, son cœur, ses poumons soupirent toute l’angoisse jaillie de nulle part, la peur indicible des ténèbres de la nuit.

 

Encore. Une fois encore, elle a échappé au siphon aspirant jusqu’à son squelette au fond des affres du doute et de l’improbabilité de son être.

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Published by Laure Lie - dans Pensées du jour
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