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31 août 2011 3 31 /08 /août /2011 20:28

Le Soleil des Songhaï

 

4° couverture Déchirures

[...] Ce matin, alors que je me dissimulais déjà sous les

étoffes blanches, tentant d’échapper aux rayons qui dardaient ma peau, alors que les premières gouttes de sueur annonçaient la lente fournaise des heures du jour, semblable à la veille, l’avant-veille et aux jours précédents, le Chef à la peau noire et mate, le torse nu fardé de symboles énigmatiques, s’était avancé vers moi. Il m’avait salué comme la 

coutume l’exige. J’avais répondu tant bien que mal, m’évertuant à ne pas commettre d’impair dans le rituel auquel j’avais été fraîchement initié.
 

Mahé, le Grand Chef, pointant son index au-dessus

de nos têtes, m’avait d’abord avisé que le dernier quartier

de lune aurait quitté le ciel à la nuit tombée et qu’en son

absence, les Songhaï se devaient de l’honorer et d’implorer

à nouveau sa plénitude. Il avait parlé des femmes et de

l’attente de nouveaux ventres ronds. Devant mon regard aussi interrogateur qu’incrédule, il m’avait assuré que la lune était leur alliée la plus sûre et que les futures mères s’apprêtaient à communier la nuit entière, célébrant ainsi ses pouvoirs de maternité, la priant de les féconder.

J’avais répété :

« Communier ? La lune, les féconder ?… »

Le Grand Chef Mahé avait ri découvrant son éclatante dentition.

« Je crois savoir ce qu’est la communion dans ta religion cannibale…»

Il s’était interrompu, me laissant savourer l’horrible comédie que les rites chrétiens devaient lui inspirer.

« Attends ce soir, les femmes vont ouvrir la fête… les hommes suivront. »

Face à mon mutisme dubitatif, il avait ajouté :

« Notre façon d’invoquer les éléments et de les inviter parmi nous ! »

Je n’avais pas tout compris, si ce n’est que le Grand

Chef n’était pas dénué d’humour et que son savoir sur la civilisation occidentale me stupéfiait. J’avais considéré le village et cet homme enracinés là, aux confins du Sahel, séparés de tout. À part la piste improbable menant à un autre village, éloigné sans doute de plusieurs dizaines de 

kilomètres et tout aussi isolé que celui-ci, aucune connexion, aucun câble d’aucune sorte ne les reliait au reste du monde.

Comment avais-je pu atterrir dans ce bout de rien, ce village dont je peinais à retenir le nom aux sonorités compliquées, qui n’arborait ni école ni commerce, et était peuplé d’une trentaine, d’une quarantaine d’âmes peut-être, animées de simples va-et-vient quotidiens, de coutumes et de gestes ancestraux ?

 

 

Nouvelle parue dans Déchirures intimes, Jacques Flament Editions. Décembre 2010

 http://jacquesflament-editions.com/auteurs/laurence-litique/dechirures-intimes.html

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Published by Laure Lie - dans Prix et publications
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- Disons de taille moyenne…Pas une naine ni une girafe, heu…normale, quoi ! Jolie dans son genre… Sinon blonde ou brune, alors-là…C’est difficile à dire…en tout cas elle n’est pas rousse ! Encore que"
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