C’est à peu près dans cet état d’esprit qu’Olivia se rend enfin au rendez-vous festif. Ils sont une bonne dizaine à faire honneur à l’invitation du nouveau locataire. Petits fours, apéritif ou jus de fruit, échanges de mots sans autre intention que de passer un moment plaisant, appartement lavé, récuré de fond en comble sans doute, repeint de couleurs claires, si frais que personne ne pourrait se douter qu’une sorcière a vécu là des années durant, empoisonnant la vie de ses voisins… D’ailleurs, ce soir-là, personne n’y fait allusion, ni de près ni de loin, comme si elle n’avait jamais existé la Vieille, comme si elle n’avait été que fantôme sur le palier de la jeune fille. Fut-elle la seule à ressentir ce pincement lorsqu’elle a franchi le seuil, tout à l’heure ?
Il n’y a pas à dire, les semaines coulent et rien, rien ne se passe mal, rien ne va de travers avec ce Marc Benoît.
Plusieurs fois, elle a bien vu qu’il observait sans comprendre sa mine fermée, troublée, au bord de la panique, alors qu’il n’était que courtoisie. Si son visage à lui ne se départit pas d’un aimable sourire à chaque fois qu’elle le croise, celui d’Olivia trahit trop souvent ses frayeurs passées, ses doutes encore présents. Et le faciès de la Vieille qui ne la quitte guère… Elle ne serait pas morte la Vieille folle, c’est Olivia qui aurait perdu la raison !
Il y a quand même quelque chose qui cloche : à chaque fois qu’elle quitte son appartement, qu’elle referme sa porte, qu’elle fait quelques pas en direction des escaliers, l’autre, juste en face, s’ouvre ! Et le même scénario se reproduit en sens inverse lorsqu’elle rentre chez elle. Comme si l’ouverture de l’une des deux portes était conditionnée à l’autre. Quelque soit l’heure. Parce qu’Olivia a fait des tests ! Elle a même décalé ses horaires de travail, n’a réitéré aucune régularité dans ses allées et venues, quel qu’en soit le motif… A chaque fois, la tête débonnaire de son voisin est apparue dans l’entrebâillement de sa porte ouverte…
Une nuit parmi d’autres durant laquelle elle ne parvenait à fermer l’œil, Olivia s’est dit qu’elle devait agir, qu’elle ne pouvait continuer ainsi à se poser mille et une questions, à échafauder autant de réponses aussi abracadabrantes les unes que les autres !
Je dois savoir qui il est, ce qu’il fait…et définitivement faire une croix sur ce maudit appartement, sur cette maudite porte qui me harcèle…
Extrait de nouvelle de Laure Lie, à suivre...
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