Jeudi 23 février 2012 4 23 /02 /Fév /2012 09:12

 

Qui es-tu toi, de l’autre côté d’un miroir que tu ne veux pas voir ?

Qui es-tu à nier tes reflets pour fouiller ceux des autres ?

Quelle laideur ton visage masque-t-il pour soigner ainsi son image ?

« Miroir, miroir, mon beau mon doux miroir, dis-moi quelles sont les fêlures des autres que je ne vois pas les miennes ! »

 

Comme si la vie avec sa verve, ses rires et ses pleurs n’étaient que des travers.

Comme s’ils ne passaient que par et sur les autres, jamais en toi.

Comme si du rien de ton bout de vie tu avais le pouvoir d’identifier, le droit d’étiqueter ce fragile qui appartient à d’autres.

Il n’y a qu’à écouter ce que dit ton déni.

L’amnésie chez toi n’est pas une maladie, mais un système, tout un système.

L’amnésie qui arrange, l’amnésie qui donne bonne conscience.

Qui oublie les mots outrepassés qui ont bafoué.

Oublier le plus médiocre, le dérangeant, le pouvoir dérobé sur ce qui t’a été donné.

Oublier l’affligeant de ton aveuglement, de tes yeux détournés, les salissures, tes mots accusateurs, supérieurs, peut-être même vengeurs.

Oublier d’en voir les morsures, les meurtrissures, pour tout au bout, n’en rien assumer du tout.

Le pouvoir sûr de lui, dans l’air de rien de certitudes, t'évitant de gratter sous ta surface.

Mais gratter celle d’autres que toi, te donnant l’illusion d’une hauteur personnelle.

Te complaire dans une version, une seule, et te faire caresser sur le champ du virtuel. 

Oublierais-tu aussi que ce virtuel n’est que flatteries, sans tain, sans face, sans vérité aucune?

Qu’il ne peut que manger ce dont tu le nourris, même si ce ne sont que vanités biaisées, tronquées, falsifiées ?

Par le biais de tes feintes finesses, toutes tordues au fond, tu ne montres qu’une face.

Celle qui donnerait son petit temps d’humanité trop polie pour être amène?

Celle qui, de la simple foi en ses paroles, croit mettre des actes en marche ?

Et se persuade d’avoir tendu la main quand si peu de mouvements ont  été esquissés.

Amnésie qui préfère la troisième personne impersonnelle, à la deuxième…

…trop brutale ? Compromettante ? Trop engageante et dangereuse cette personne-là !

Deuxième personne du verbe aimer au présent, dans amnésie.

Tu  a i m e s…Mais qui aimes-tu à part toi-même ?

Ton image savamment ourlée sur le contour d’un rendez-vous manqué, d’un reflet avorté ?

Dans amnésie se cache aussi la main, l’ami, au féminin, au masculin, au singulier ou au pluriel.

Trop mélangées, trop cuisinées, trop chahutées ces lettres pour qu’elles soient de noblesse !

Retire Aimes ou Amies d’amnésie, que reste-t-il ? Deux lettres, deux petites lettres.

Comme une immense NEgation, comme un mépris, une injure à ce qui fut.

Amnésie facile, aménagée, tentant, orgueilleuse, de lisser ses failles dans le reflet.

Qui peut dire toujours que les lézardes sont chez les autres, jamais en soi ?

Celui, celle qui prend, qui bouffe dans les entrailles des autres, mais ne donne pas.

Celui, celle qui n’entend pas, qui ne discerne pas, mais se repaît.

Qui se nourrit des maux des autres pour mieux asseoir son bien.

Des faire-valoir en quelque sorte, comme d’illusoires pansements sur un vide abyssal.

Où est-elle l’humanité revendiquée quand elle n’est au service que de toi-même ?

Qu’on te nomme vampire, parasite, sangsue, pique-assiette,

Tes petits mots qui n’enjolivent que toi sont vils, à mourir de rire ou à vomir.

 

Amnésie, qu’as-tu donc à prouver pour servir et servir encore ta soupe édulcorée,

Pour baver tes jugements, tes mensonges et quelque part ta mort à petit feu ?

Qu’ils soient de rires, de pleurs, d’amour, les bouillonnements de la vie,

C’est tout de suite et sans ambages, au plus profond du coeur que je les choisis,

Les préférant de loin au frileux qui omet, qui ment et qui te meut.

 

Par Laure Lie - Publié dans : ...tout de suite et sans ambages... - Communauté : CROQUEURS DE MOTS
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Lundi 20 février 2012 1 20 /02 /Fév /2012 14:22

La première matinée nous accueille en fanfare. Nous y projette plus exactement. C’est comme ça quand on change de continent, on plonge littéralement et subitement dans un autre monde. Etre dérouté, bousculé, tourneboulé, c’est cela l’ailleurs ; en tout cas je crois que c’est une part de ce que je vais y chercher.

Malgré le soleil qui perce peu, c’est la fête sur la Plaza de Armas. Grosses caisses, tambours et trompettes, clairons, basses, caisses claires…tout l’arsenal est de sortie. J’apprendrai que le dimanche, ici, se célèbre comme il se doit dans chaque ville, sur l’ancienne Place des Armes, ou Plaza Mayor, à la fois vestige des constructions des conquistadores et symbole de la libération. On y a juste déboulonné la statue du commandeur pour y mettre une fontaine et le tour de passe-passe est joué.

La présence de religieux, de militaires et de représentants de la municipalité y est incontournable. La démocratie dans de nombreux pays d’Amérique latine oscille souvent entre un idéal libéral et une réalité autoritaire. Et cette autorité a ses piliers. Incontestables. L’Eglise, l’armée, la politique. Qui organisent des festivités pour égayer le peuple. Et le peuple est joyeux… Le règne du paradoxe.

Nous assistons à la parade. Des adultes et des enfants costumés défilent, sous le timbre des cuivres, au rythme des percussions. Ambiance festive et envoûtante. Certains portent des têtes énormes de carton-pâte aux grimaces effrayantes. L’effigie d’un saint côtoie le burlesque. Thèse et antithèse. Figure d’autorité et dérision. Enfants des écoles mêlés aux armes des militaires …

[...] Dans l’après-midi, nous nous rendons sur une autre place, plus modeste, qui n’est autre que le parvis de l’église et couvent San Francisco. [...] Elégante, majestueuse, imposante, magistrale, sont autant de qualificatifs qui conviendraient à cette église rescapée de la période coloniale. Les Espagnols n’ont pas lésiné sur le grandiose et l’opulence. Sur le baroque. Comme les monuments de la Plaza Mayor, l’ensemble religieux dédié à Saint-François devait répondre aux enjeux de pouvoir, plus encore dans ce Nouveau Monde qu’en Europe. Il fallait servir l’absolutisme de l’Etat et de l’Eglise. Il fallait d’autant plus asseoir ces pouvoirs en tant que colonisateur dominant, face à la population indigène à laquelle on ne laissait pas le choix. Alors, des édifices, politiques ou religieux, seront élevés, monumentaux, d’une facture ostensible et théâtrale.

Face au porche, c’est une pièce montée au glacis de sucre jaune, rehaussée de crème blanche, qui s’élève de ses deux tours vers le ciel. Le tympan de couleur pierre, plus attendue pour une église, n’en finit pas d’être sculpté, mouluré, en bas et hauts reliefs, en lignes verticales et en voussures. Je me glisse à proximité d’un groupe qui commence la visite. Le guide donne ses explications en

anglais ; ce sera toujours mieux que rien !

 

Plus je pénètre à l’intérieur, plus je me dis que l’édifice est un iceberg : l’extérieur semblait grandiose, l’intérieur est gigantesque. Colossal d’une ornementation poussée jusqu’au bout de ses retranchements, qui ajuste le moindre détail des sculptures dégoulinantes d’émotions et des toiles de grands maîtres… et Dieu sait si elles foisonnent ! Les boiseries, les stucs, les arcades, les dorures, les colonnes et les pilastres s’enchevêtrent, se poussent, se collent les uns aux autres, s’épousent. Pas un espace vide dans un lieu voué à la prière et à la méditation, ça interroge… C’est un régal pour l’œil. Mais comment faire silence en soi quand l’espace est empli de tout ? Là, dans le cloître, le long des galeries et dans le jardin, les moines circulaient. Comment pouvaient-ils s’adonner à la prière au milieu de tels fastes ? Il est certain que l’Eglise a soigné sa contre-réforme jusque dans le Nouveau Monde…





Par Laure Lie - Publié dans : Quelque part dans le monde... - Communauté : CROQUEURS DE MOTS
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Dimanche 5 février 2012 7 05 /02 /Fév /2012 17:50

 

« Tu sais, ça ne sert à rien de regretter » m’a dit un jour un monsieur pas encore vieux, qui le serait aujourd’hui s’il était encore en vie.

Trente ans après, je me souviens de cette parole qui, au fil des ans, de-ci de-là, est venue trotter dans ma tête. Qu’en fut-il lorsqu’il est parti pour de bon ? N’avait-il aucun regret sur sa vie ? Le connaissant, c’est bien possible ; son seul regret étant celui de nous quitter.

Je me dis que c’est sans doute la meilleure façon de regarder sa vie lorsqu’elle s’en va.

A quoi bon, de toute façon, quand tout est déjà dans le passé, quand on a fait ce qu’on a pu et qu’on n’a pas été un meurtrier ?

 

Vivre en âme et conscience. Dans le présent. Ne pas perdre son énergie à regretter ses choix, plutôt améliorer ceux qui ont eu des conséquences bancales.

Vivre dans le présent de ce que l’on est et s’accorder ce droit d’être.

Malgré cette volonté sage et qu’il m’a transmise, certains ressentis, certains petits malaises qui ressurgissent ça et là, ne sont pas loin d’être assimilables à des regrets. Un acte manqué ici, une parole qui aurait pu réconforter juste par sa présence là… Mais il est encore possible de se dire qu’on peut y être attentif à chaque instant et qu’on pourra faire mieux la fois d’après, si tant est qu’on la voie venir.

 

Ce qui est plus regrettable, c’est quand cela ne dépend pas de notre bonne volonté… mais d’autres regards. Quand le regret s’installe là où quelqu’un d’autre transforme une confiance en entaille.

Comment ne pas -lwf0000----copie---11-.jpgregretter de s’être livré, intimement, sincèrement, de manière authentique quand nos paroles ont été mal comprises, détournées, retournées, et finalement utilisées contre soi-même ?

 

J’aimerais bien le revoir ce monsieur qui serait vieux maintenant, et lui demander s’il en avait eu, lui, des regrets de la sorte…

Le connaissant, sans doute me répondrait-il que rien n’est regrettable dans la sincérité livrée à autrui, même pas le trou dans lequel notre intimité mal accueillie a atterri. Juste qu’il faut savoir être humble, ne pas espérer tisser avec d’autres ce que ceux-ci ne savent que détricoter par un regard mal voyant ou malveillant.

Savoir regarder et protéger son propre bout de vie quand d’autres nous infligent ce qu’ils refusent d’eux-mêmes. Nous rendent coupables de ce qu’ils ne savent résoudre en eux.

Non, ne pas regretter d’avancer en soi. Avancer seul plutôt qu’accompagné sans vraie hospitalité. Sans authentique accueil.

Parce que c’est là que serait l’écueil.

 

 

Par Laure Lie - Publié dans : Pensées du jour - Communauté : ARCHITECTES D'INTERCOEURS
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Dimanche 22 janvier 2012 7 22 /01 /Jan /2012 10:20

 

Derrière mes pas de neige

S’étalent les mots-déserts

Ils s'éloignent d'eux-mêmes

S’en vont stériles

S’étiolent de misère.

 

En habits de chiffon

Les mots vêtus de maux

Sont partis en poussière, éphémères.Olivier-Bosio-2012.jpg

Sans vêtements sans brillants

Sans strass et sans paillettes

Juste au plus vrai de soi

Tout au fond s’emplit, grandit

L’ajusté qui demeure.

 

Au plus près de ma voix

Sur ce chemin de soie

De blanc, de feu

Entretissant leur voie

Se déroulent mes pas.

                                                                                                                           (Olivier Bosio, laque sur métal, 2012)       

Par Laure Lie - Publié dans : Dans le creux des matins - Communauté : CROQUEURS DE MOTS
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Samedi 7 janvier 2012 6 07 /01 /Jan /2012 15:42

 

Je me disais que j’attendais un temps,

Le temps du vent

Le temps d'un beau temps

L'heure d'une chrysalide.

 

Des mots m’ont gratouillée, réveillée

Des mots nouveaux venus d’une lointaine plume

Des mots surprisesP1010577.JPG

Chassant, l’instant d’une bourrasque,

Des maux d’humeur délités en poussière.

 

Alors, sous la frondaison de mon âme

Un ange a caressé mon front

Comme une belle lettre postée

Dans la boîte d’un autre temps

Le temps d’y voir

Un temps d’ivoire

Une main m’apportant le printemps…

 

Par Laure Lie - Publié dans : Dans le creux des matins - Communauté : ARCHITECTES D'INTERCOEURS
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